Cours de lutte par Maurice Sauvageot.

Cours de lutte par Maurice Sauvageot.

LES INFORMATIONS VISUELLES

La méconnaissance par les éducateurs sportifs du fonctionnement intime du cerveau des enfants auxquels il est finalement plus commode d’appliquer les mêmes méthodes pédagogiques qu’aux sportifs adultes, ne manque pas d’entraîner rapidement la fossilisation de leurs extraordinaires aptitude à l’invention motrice.

Il nous faut ici, pour bien nous faire comprendre, jeter quelques lumières sur les mécanismes neurophysiologiques de la créativité.

Evoquons tout d’abord « l’instant créatif » :

C’est une fraction de seconde si dense qu’en un éclair nous embrassons une multitude d’informations, indépendamment de l’ordre dans lequel elles ont été apportées, que nous associons instantanément les unes aux aux autres en une infinité de relations kaléidoscopiques pour leur donner un sens inédit, sans savoir comment  nous y sommes parvenus.

,Cette performance, seule une partie de notre cerveau, l’hémisphère droit, en est capable.

Notre cerveau gauche par contre, ne peut relier les informations reçues que par l’identification catégorielle selon une grille de décodage préétablie, à partir de l’analyse de chacune d’elles, de façon séquentielle. Une étape déterminant obligatoirement la suivante, il avance pas à pas comme on met bout à bout des mots dans une phrase.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant que ce soit justement le cerveau gauche qui détienne le centre du langage et puisse donc s’exprimer par la parole.

Le cerveau droit qui ne pense pas avec des mots mais avec des images est au contraire plus performant dans le traitement des informations  » visuo-spaciales » complexes.

C’est avec notre cerveau droit que nous reconnaissons d’emblée un visage ou l’émotion qu’il exprime, un paysage à peine entrevu ou une mélodie dès ses premières notes, c’est lui qui commande l’expression d’une émotion ou règle l’intonation d’un discours.

C’est par contre notre cerveau gauche qui développe un raisonnement mathématique, identifie les caractères particuliers d’un visage, un rythme musical ou les notes d’une partition, c’est lui qui gère la syntaxe et la sémantique.

Bien sûr le cerveau gauche est capable de créer mais laborieusement, lorsqu’on réécrit maintes fois une phrase avant de trouver la bonne formulation.

Deuxième notion fondamentale à retenir :

Nos deux hémisphères cérébraux travaillent selon les circonstances en étroite collaboration ou en concurrence.

En collaboration bien sûr, parce que rares sont les situations qui ne nécessitent pas un traitement cognitif selon les deux modes « analytique et synthétique ».

c’est grâce à un échange incessant d’information entre l’un et l’autre, à travers un gigantesque câblage, LE CORPS CALLEUX plus dense en fibre que la moelle épinière, elle même, que s’établit cette fructueuse collaboration, soit :

  • Par le traitement simultané de la même information.
  • Plus souvent de façon successive avec quelques centièmes de seconde de décalage.

En concurrence aussi parce que l’énergie attentionnelle indispensable au fonctionnement des différents centres de traitement n’est pas illimitée. Elle leur est attribuée, affectée, par une zone essentielle à notre vie mentale, la formation réticulée, située à la base du cerveau qui ne peut à tout instant donner de l’énergie à l’ensemble des centres.

Quand une fonction cérébrale non latéralisée et n’exigeant pas un investissement attentionnel très important, est mise en jeu dans un hémisphère, la zone équivalente côté opposé est immédiatement stimulée par l’intermédiaire du CORPS CALLEUX et l’énergie attentionnelle est également répartie entre les deux hémisphères.

Par contre, lorsqu’un processus cognitif, très latéralisé et exigeant une forte concentration est mis en jeux, il y a au contraire inhibition instantanée de l’attention dans l’hémisphère opposé, le premier s’appropriant en quelque sorte toute la réserve attentionnelle disponible.

Voilà pourquoi le cerveau droit est mis facilement en veilleuse par le gauche dans bien des activités humaines ou du moins n’intervient-il souvent qu’en complément ou en relais du cerveau gauche pour parachever le travail de ce dernier.

Les fonctions cérébrales ont toujours la préséance sur les fonctions spatiales.

Ce qui est vrai pour le traitement des informations l’est aussi pour la programmation de l’action :

  • au cerveau droit la composante spatiale,
  • au cerveau gauche l’organisation séquentielle,
  • au droit la responsabilité du contrôle des rapports du corps avec son environnement spacial,
  • au gauche la maîtrise chronologique des enchaînements moteurs,
  • au droit l’improvisation motrice,
  • au gauche, les automatismes gestuels.

On retiendra aussi que si l’hémisphère droit est précocement spécialisé chez l’homme, dès l‘âge de 6 ans, dans les performances spaciales, cela ne survient que vers l‘âge de 12 ans chez la femme.

Par contre, la coopération interhémisphèriquene sera vraiment opérationnelle qu’après la maturation complète du  CORPS CALLEUX, c’est à dire à la puberté.

Les activités nécessitant une parfaite coordination inter manuelle ne pourront être exécutées correctement qu’à ce moment là, alors que les habiletés visio-spatiales fondamentales permettant la commande correcte de chaque membre sont en place à 10 ans.

c’est à partir de cet âge que les habiletés qui requièrent le travail intégré des deux hémisphères comme l’interception d’un objet en mouvement, commencent à être accessibles mais ne seront parfaitement maîtrisées que 3 à 4 ans plus tard.

D’une manière plus générale, il faut savoir que la maturation cérébrale est très rapide pendant les deux premières années de la vie puis beaucoup plus lente. Les caractéristiques du cerveau adulte n’étant atteintes que vers 14-15 ans.

Il faut quand même préciser ici que la vision périphérique proche jusqu’à 10 degrés d’excentration (vision marginale) peut également jouer un rôle de pré-analyse perceptive comme dans la lecture où les saccades (5 par seconde en moyenne) sont dirigées en fonction des hypothèses perceptives faites grâce à la vision marginale des mots suivants.

En conclusion, nous nous contenterons seulement d’évoquer rapidement les erreurs à ne pas commettre quand on est un éducateur sportif.

En effet si un entraîneur sur la touche ne cesse de lancer des ordres qui évidemment concentrent l’énergie attentionnelle sur le cerveau gauche de l’enfant, seul capable de les traiter, il y a peu de chance que son cerveau créatif le droit, puisse s’exprimer. Il récitera peut-être bien sa leçon, souvent à contre-sens de la réalité objective du jeu, mais il est probable qu’il ne saura jamais improviser, créer, s’adapter en temps réel à l’évolution de son environnement.

Mais que pourraient donc faire les instances dirigeantes des sports pour que nos enfants ne soient pas condamnés à être le simple instrument de la pensée du maître, l’aveugle soumis ?

D’abord elles pourraient modifier les règles du jeu pour les catégories d’âges dont le cerveau est particulièrement fragile d’un point de vue de la coopération hémisphèrique,  c’est à dire jusqu’à la puberté.

Car faire évoluer les enfants avec les mêmes règles que les adultes conduit aussi l’imitation des comportements induits par ces règles.

Or, l’enfant n’a ni les moyens physiques ou biomécaniques, ni les moyens informationnels d’imiter l’adulte.

Document réalisé par Monsieur Maurice Sauvageot.